Big data


Notre utilisation des réseaux sociaux est de plus en plus intense et nos données personnelles sont très largement récupérées, vendues, utilisées. Certains collectifs proposent de ne plus offrir ces données mais de les vendre. Les journaux français en parlent :

 

Nos « données personnelles » nous appartiennent : monétisons-les !

Un collectif, parmi lesquelles la dirigeante d’entreprise Laurence Parisot et l’écrivain Alexandre Jardin, plaide dans une tribune au « Monde » pour que chaque personne puisse monnayer ses données personnelles qui, actuellement, enrichissent les géants de l’Internet.

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Tribune

Par quel étrange renoncement sommes-nous devenus de la chair à algorithmes ? Tous les jours, nous abandonnons une partie de nous-mêmes à des plates-formes numériques, appâtés par l’illusion de la gratuité. Nos données personnelles les plus intimes, concernant nos goûts, nos déplacements ou nos amours, sont passées à la moulinette, collectées, agrégées, souvent revendues, et ultimement utilisées pour orienter et contrôler nos comportements.

En cliquant sur des conditions d’utilisation léonines, que nous n’avons pas le temps ni la capacité de lire, encore moins de comprendre ou de négocier, nous courons vers notre servitude volontaire. Les géants du Web bâtissent leur fortune sur les dépouilles de notre identité.

Parce qu’il est urgent de rétablir nos valeurs les plus fondamentales, nous plaidons pour instaurer une patrimonialité des données personnelles. En dépit des idées reçues, le droit de propriété a toujours été une conquête sociale permettant de rééquilibrer les rapports de pouvoir au profit de l’individu et de ses libertés.

Du cadastre aux brevets, la propriété garantit, selon l’adage romain, l’usus, l’abusus et le fructus, nous rendant pleinement maîtres de nous-mêmes et de nos actions, protégés de l’arbitraire des puissants. Voilà pourquoi Proudhon pouvait écrire dans la Théorie de la propriété, en revenant sur ses propos de jeunesse, que « la propriété est la plus grande force révolutionnaire qui existe ». Après la terre et les idées, le temps est venu d’étendre cette force révolutionnaire à nos data.

Concevoir des contrats intelligents et adaptés

Cette simple adjonction juridique, qui n’existe aujourd’hui ni en Europe ni aux Etats-Unis, suffirait à bouleverser l’écosystème du numérique. Chacun pourrait choisir en toute autonomie l’usage qu’il souhaite faire de ses données, selon leur nature et leur finalité. On pourrait ainsi accéder à certains services sans partager ses propres données, mais en payant le prix de cette confidentialité et donc en devenant véritablement client. A l’inverse, dans la mesure où l’on accepte de céder ses données, il faudra que les plates-formes nous rémunèrent, réintégrant ainsi le producteur primaire de données dans la chaîne de valeur.

Des flux continus de transactions, plus ou moins importants en fonction des catégories de data, en débit comme en crédit selon nos préférences contractuelles, viendraient alimenter nos comptes personnels de données, avec possiblement une blockchain [technique qui consiste à sécuriser une transaction en la faisant valider par une multitude d’ordinateurs, de manière chiffrée] pour garantir la validité des transactions. On peut imaginer que de puissants intermédiaires se constituent, comme les sociétés de gestion collective pour les droits d’auteur, afin de négocier conditions et tarifs au nom de millions de citoyens numériques, et de concevoir des contrats intelligents adaptés à chacun d’entre eux.

Nos données sont de facto devenues objets de commerce

Il ne s’agit pas de marchandiser ses données, selon le terme convenu pour inhiber tout débat, mais de rendre aux citoyens une valeur aujourd’hui capturée par les Gafam – Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft – et leurs milliers de disciples. En quoi est-il contraire à la dignité humaine de doter les producteurs de data d’un capital qui leur revient, et qui leur permettra d’effectuer leurs choix de manière d’autant plus indépendante ?

Dénoncer la monétisation, c’est nier une réalité économique, puisque nos données sont de facto devenues objets de commerce (au point de représenter bientôt 8 % du PIB européen !). Mais c’est aussi, politiquement, se faire le complice objectif des oligopoles, comme l’Eglise condamnait le prêt à intérêt pour empêcher la naissance d’une bourgeoisie marchande, menaçant son pouvoir.

Monétisation sauvage des données

D’autant que la logique de la patrimonialité n’entre nullement en contradiction avec celle des droits fondamentaux, portée au niveau européen par le règlement général sur la protection des données (RGPD). Etablir des droits inaliénables permet d’autant mieux de concevoir un marché qui les respecte, comme c’est classiquement le cas dans nos démocraties. De plus, certaines conquêtes du RGPD, telles que l’exigence de portabilité, constituent des étapes indispensables vers un droit de propriété.

Il est urgent de reprendre la maîtrise de nos data et donc de nous-mêmes

Qu’on le veuille ou non, cette discussion a commencé. Des start-up se créent chaque semaine pour monétiser nos données de manière sauvage. Jaron Lanier, l’un des geeks les plus charismatiques de la Silicon Valley, porte le sujet depuis plusieurs années aux Etats-Unis, au nom même des valeurs libertaires qui faisaient la vigueur de l’Internet des années 1980, décentralisé et idéaliste. Son dernier papier, cosigné entre autres avec des universitaires de Stanford, a relancé le débat outre-Atlantique.

En France, le député Bruno Bonnell (LRM) travaille sur une proposition de loi. L’Europe s’honorerait de prendre les devants et d’imposer sa soft law [règles de droit non obligatoires] face à une Amérique à genoux devant les intérêts du big business et à une Chine peu soucieuse de l’individu.

Alors qu’on nous annonce, à l’image de l’historien Yuval Noah Harari, un « dataisme » dissolvant l’humain dans le réseau et rendant caduc le libre arbitre, il est urgent de reprendre la maîtrise de nos data et donc de nous-mêmes. Le droit de propriété est l’un des outils essentiels de cet humanisme 2.0.

 

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Et si on vendait nos données personnelles aux GAFA?Résultat de recherche d'images pour "GAFA"

Le think tank Génération Libre veut instaurer la patrimonialité des données personnelles. Dans un rapport publié le 25 janvier, il explique comment les utilisateurs pourraient les monétiser. Réaliste ou farfelu? Interview de son président Gaspard Koenig.

Gaspard Koenig, le fondateur du think tank très libéral Génération Libre a déniché une nouvelle idée révolutionnaire : transformer les données personnelles en marchandises afin que les utilisateurs puissent les vendre comme n’importe quel bien. Ce 25 janvier, il a publié un rapport  » Mes datas sont à moi. Pour une patrimonialité des données personnelles « .

En quoi votre proposition sur les données est-elle réellement disruptive ?

Les citoyens sont des producteurs de données, mais aujourd’hui ils se font  » spoiler  » de ce bien par les plateformes Internet. Ces GAFA (Google, Amazon, Facebook et Apple) les récupèrent et en puisent une valeur commerciale auprès des annonceurs. Au passage, elles oublient de rémunérer le citoyen numérique. Certes, elles proposent un service gratuit en échange, mais ces plateformes en tirent une valeur bien plus importante que le service fourni.

Dans ce rapport, nous sommes partis d’une idée lancée par l’informaticien et essayiste Jaron Lanier aux Etats-Unis, auteur de « Who owns the future ». Nous avons travaillé avec des spécialistes du droit, de la propriété intellectuelle et du marketing, de la cybersécurité pour donner du corps à cette idée.

 Faire de nos données personnelles une partie de notre patrimoine donc. Qu’est-ce que cela changerait ?

Cela veut dire qu’elles sont un bien et que pour les céder, il faudrait un consentement explicite des internautes. Sur le web, on clique tous les jours sur des listes de conditions d’utilisations pour accéder aux services numériques : personne ne les lit, personne ne peut les négocier, on donne nos données sans faire attention. Les plateformes les agrègent ensuite, puis les revendent aux agences de publicité qui les utilisent pour mieux cibler les consommateurs. Car quand le service semble gratuit, il est financé par la publicité.

Il n’existe aucune mesure réellement efficace pour protéger les données des consommateurs, ni pour les monétiser en droit français, ni en droit Européen. Il devrait y avoir tout une palette de choix : soit je donne tout, soit je choisis et quelle partie, soit je paye.

La Commission européenne a récemment reproché à Facebook d’agréger les données des utilisateurs de Whatsapp. Est-on vraiment obligé de céder ces données pour accéder à un service ?

Oui car pour utiliser Whatsapp, il faut accepter de les céder. Si on refuse, on ne peut pas l’utiliser. Il faudrait que les personnes qui ne le souhaitent pas aient la possibilité d’avoir accès au service tout de même. Pour que les GAFA y gagnent aussi, il faudrait que ces services soient payants dans ce cas là.

Dans votre rapport, vous proposez même que les GAFA soient taxés sur ces données récupérées. Comment est-ce conciliable avec l’objectif libéral de payer moins d’impôts ?

Je vois cette proposition comme une manière de résoudre le problème de la taxation des GAFA à l’échelle européenne. L’Europe a dû mal à contraindre ces groupes à payer leurs impôts de manière générale et dans des pays comme la France par exemple car on a du mal à définir la territorialité des activités numériques. Nous proposons que ces données personnelles soient taxées via la TVA. Ce serait plus facile de retracer dans quel pays la taxe doit être payée.

Votre proposition soulève un problème éthique et philosophique tout de même. Faut-il vraiment tout monétiser ?

Nous avons étudié les thèses qui défendent que certains biens et services doivent rester hors du marché, notamment celles du philosophe Michael Sandel. Pour moi, cette manière de penser revient à refuser de donner du capital aux gens.

De ce point de vue, les GAFA ont un peu la position de l’Eglise au moment de la naissance du capitalisme : elle ne voulait pas que tout se marchandise. Le risque ? C’est que vous soyez asservis au nom de votre propre dignité. Transformer les données en patrimoine repose sur un principe très libéral : le droit de propriété, c’est le droit d’en faire quelque chose. La monétisation permet de redonner du capital, et donc du pouvoir, aux individus.

Quelle somme la vente de ces données pourrait-elle représenter pour les consommateurs ?

Nous savons qu’en 2020, la valeur des datas personnelles devrait atteindre 1000 milliards d’euros en Europe, soit 8% du PIB, selon BCG.

Calculer le revenu des données personnelles par individu est plus difficile. Si on prend le revenu de Facebook et qu’on le divise par le nombre d’utilisateurs, cela ne représenterait que 10 dollars par an par individu. Dans « Who owns the future », le gain par personne est estimé à quelques centaines de dollars par mois. Mais obtenir un calcul précis nécessite un travail plus poussé. La Toulouse School of Economics se penche dessus pour poursuivre notre réflexion.

Cela semble tout de même irréaliste, voire irréalisable. Comment faudrait-il s’y prendre concrètement ?

Déjà, les premières bases sont en train d’être posées. La RGPD (le règlement européen sur la protection des données personnelles applicable en mai prochain, ndlr) introduit des éléments qui se rapprochent du droit de patrimonialité. C’est le cas de la portabilité des données qui garantit au consommateur le droit de les transférer d’un service ou d’un opérateur à un autre.

Concrètement, je propose que la patrimonialité des données soit garantie par une signature électronique – plus sécurisée que l’adresse IP – et par la blockchain. Ce qui permettrait même de s’affranchir de l’aide des Etats.

Mais ce n’est pas irréaliste ! Comme le revenu universel que j’avais défendu il y a des années, cette idée va faire son chemin. Quand l’opinion publique s’en empare, le politique suit. Et les jeunes, les personnes très connectées, comprennent déjà très bien ce que valent leurs données. Ce sont les politiques et les élites qui mettent du temps à le saisir…

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Datak : un jeu pour apprendre l’enjeu de la protection des données personnelles

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