LA LANGUE FRANÇAISE : TOUTE UNE HISTOIRE !

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Le CAVILAM propose sur son site Canal académie des extraits d’émissions radio sur des différents thèmes : histoire, société, art… et langue française. Un bon moyen pour pratiquer la langue et pour apprendre de nouvelles choses !

Je vous propose d’écouter Jean Pruvost, lexicologue et spécialiste de l’étymologie qui nous parle des transformations de la langue françaiseRésultat de recherche d'images pour "jean pruvost histoire de la langue"

 

Transcription

Canal Académie : La langue s’est beaucoup transformée, elle a passé beaucoup d’étapes, mais pourrait-on dire un mot sur l’argot, sur toutes les transformations qu’elle a pu avoir ? Qu’en pensez-vous et que pouvez-vous dire sur ce développement un petit peu inopinés, sur ces mots inventés, sur ces expressions un peu fantaisistes parfois ?

Jean Pruvost : Alors, c’est ce qui est tout à fait passionnant et qui continue d’alimenter ce goût qu’ont les Français, et qui me réjouit, pour les chroniques de langue, parce que c’est l’histoire de notre langue. Tout à l’heure, je ne sais plus pourquoi on a dit de quelque chose que c’était farfelu, c’est un mot étonnant parce que « farfelu » au XVIIe siècle ne voulait pas du tout dire « original ». Quand la marquise de Sévigné dit que l’infante d’Espagne est « farfelue », il ne faut pas comprendre qu’elle est « originale », il faut comprendre qu’elle est « dodue », parce que ça voulait dire « dodue », un petit peu « enrobée », et puis il y a eu un croisement avec « farfadet » et puis, au XXe siècle, « farfelu » a pris un autre sens. Alors, vraiment, les mots changent de sens. Et peut-être, alors, pour aller dans cette dynamique, on pourrait dire qu’ils changent de sens par quatre mécanismes principaux.

La restriction de sens. Par exemple, le mot « poulain », c’est tiré donc du latin « paulus » et ça signifiait le petit d’un animal, donc en ancien français, c’est le petit d’un animal, et puis, petit à petit, comme l’animal le plus couru, le plus connu, le plus célèbre, c’est le cheval, c’est devenu le petit du cheval, d’où le poulain. Mais le poulain, au départ, c’est pas forcément du cheval.
Extension de sens. Alors là, l’exemple est classique : « l’épicier » aujourd’hui qui vendra des bouteilles de Butagaz et peut-être des cartes postales et du papier à lettre. On est loin des épices. Il y a eu une extension de sens extraordinaire. Tout comme… je ne sais pas… « la pommade ». C’était fait avec de la pomme et, justement, en écrasant de la pomme, on pouvait mettre beaucoup de produits dedans pour la peau, etc. Et donc, de la pomme, c’est passé, avec une extension de sens, à toute sorte de produit où il n’y a plus de pomme du tout d’ailleurs, donc, on pourrait même trouver aujourd’hui de vendre des pommades à la pomme, ce qui serait amusant.

Alors, il y a l’affaiblissement de sens. L’affaiblissement de sens, c’est, par exemple, « charmer quelqu’un ». Quand c’était dit, au XVIIe, c’était « mettre sous le charme », dans le même sens que le charmeur de serpent. Donc là, on était vraiment dans un sens très fort et qui, petit à petit, s’est atténué. « Étonné », au Moyen-Âge, c’était « être frappé par le tonnerre » – dans étonné, il y a le tonnerre –c’est devenu finalement être un petit peu « surpris ». « Ravir », dans le langage religieux, c’était « emporter au ciel ». Quand on disait « je suis ravi », ça voulait dire « je suis pris comme si j’étais emporté au ciel ». Aujourd’hui, on dit « enchanté », « ravi », bon, ça perd évidemment un petit peu de cette force.

Et puis, l’autre phénomène, c’est la contamination. La contamination, c’est l’action d’un mot, comme « farfelu » et « farfadet », par exemple, d’un mot sur un autre mot, par un rapprochement et rapprochement possible souvent par la prononciation ou la construction. « Frustre », d’abord, avait le sens de « rusé » et puis c’est sous l’influence de « rustre » que ça a pris le sens de « sans finesse » et « sans politesse ». On a comme ça des mots qui ont donc été contaminés. On voit bien que « émérite » a été contaminé par « mérite ». « Émérite », c’était celui qui avait fini sa carrière dans une fonction et qui jouissait des honneurs de son titre. Ça le reste encore, on parle d’un professeur émérite mais on dit maintenant de quelqu’un aussi qu’il est émérite, avec parfois d’autres connotations. Les mots de tous les jours, quand on y réfléchit.

Lexique

 

Connotation (f) : signification affective d’un  mot, non commune à tous, qui vient s’ajouter à son sens ordinaire selon la situation ou le contexte.
Contaminer : changer la nature de quelque chose.
Farfadet (m) : petit personnage des contes populaires doué de pouvoirs fantastiques, taquin et malicieux.
Infante (f) : titre donné aux filles du roi d’Espagne qui ne sont pas les aînées.
Inopiné : imprévu, inattendu.
Jouir de : bénéficier de, tirer profit de.
S’atténuer : devenir moins fort, s’adoucir.

 

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