Le référendum en Italie

​En Italie, Matteo Renzi seul contre tous

Le président du conseil cherche à éviter sa défaite annoncée au référendum réformant la Constitution


Provoquer l’adversaire, dénoncer la coalition des partisans du statu quo, menacer de quitter la scène en cas de défaite… Oubliés les discours rassembleurs, les invitations à négocier et les appels à la raison. A moins de deux semaines du référendum constitutionnel du 4  décembre, qui devrait décider de son avenir politique, le président du conseil italien est retourné aux sources de ses succès passés. C’est grâce à son énergie et à sa volonté affichée de briser tous les tabous qu’il avait conquis le pouvoir ? Après plus de 1 000 jours à la tête du gouvernement, il ne se rendra pas sans combattre. Bref, Renzi va refaire du Renzi.

 » A vous de choisir  »

Dans les jours prochains sera envoyé aux familles italiennes un dépliant sur la réforme soumise au vote, dont les visuels ont été rendus publics. Pour représenter le oui, dans un déluge de couleurs, un jeune père en baskets rouges, sur une voiture à pédales, poussé par son fils hilare. En dernière page, pour figurer le non, un montage des visages grimaçants de sept leaders s’opposant à la réforme, dans lequel surnage un Beppe Grillo – le chef politique du Mouvement 5 étoiles – hirsute. Au milieu, à côté de développements sur les effets du oui et du non, un message :  » Si le oui l’emporte, enfin nous changerons, et les institutions deviendront plus sobres et plus -simples. Si le non l’emporte, rien ne change. A vous de choisir.  »

Le message, sans nuance, a provoqué des réactions scandalisées de partisans du non, nombreux à demander qui prendra à charge le coût financier de ces envois. Matteo Renzi a pris le parti de choquer. D’ailleurs, a-t-il vraiment le choix ? Les derniers sondages pour le référendum du 4  décembre donnent nettement l’avantage au non (5  points d’avance, selon l’institut EMG pour TG  La7, 54 % des suffrages selon l’institut Piepoli, pour La  Stampa). Pire, malgré ses efforts, cet écart semble s’accroître, lentement mais sûrement.

Au début de l’automne, le premier ministre italien avait bien tenté de forcer sa nature pour aboutir à une solution de compromis. Mais ses appels du pied au centre droit et à la minorité dissidente du Parti démocrate (PD, centre gauche, au pouvoir) sont restés lettre morte. Il s’est même dit prêt à remettre à plat l' » Italicum « , cette loi électorale très cri-tiquée qui accordait au minimum 55  % des sièges à la Chambre des députés à la formation remportant les élections législatives. Mais cela ne lui a pas apporté de soutien majeur.

La minorité du Parti démocrate, groupée autour de l’ancien secrétaire général du parti Pier Luigi Bersani et de l’ancien premier ministre Massimo D’Alema, n’est pas revenue sur ses positions, et poursuit de plus belle ses attaques -contre la réforme constitutionnelle au nom de la démocratie en danger. Après des semaines d’efforts et d’appels à la discussion, le président du conseil italien n’est parvenu qu’à obtenir, début novembre, le ralliement d’un ancien dirigeant du parti, Gianni Cuperlo. Maigre résultat.

Matteo Renzi avait bien essayé de tirer profit du succès éclatant de sa visite d’Etat aux Etats-Unis, en octobre. Reçu à la Maison Blanche, il avait été couvert d’éloges par Barack Obama, qui avait salué la justesse de sa politique économique et soutenu son offensive contre l’austérité budgétaire bruxelloise. En retour, il s’était très chaleureusement prononcé pour la candidature d’Hillary Clinton. Pour ses partisans, cet appui ne pouvait que lui profiter… Las, le triomphe de Donald Trump a donné un tout autre sens à l’épisode.

Les opposants à Renzi n’ont pas manqué de l’accabler. Le plus -mesuré a été l’ancien premier ministre Silvio Berlusconi, dont le parcours personnel offre beaucoup de similitudes avec celui du milliardaire américain.  » Je ne me suis pas prononcé avant, je ne vais pas le faire maintenant. Mais je pense que Renzi a fait une grave -erreur en prenant position ouver-tement en faveur d’un candidat, à qui ça n’a pas porté chance.  »

Dans le même temps, le chef de file de la Ligue du Nord, Matteo Salvini, ouvertement partisan depuis des mois de Trump en raison de ses positions anti-immigration, exultait, saluant la  » revanche des peuples  » et le  » coup porté à la globalisation « . Quant à Beppe Grillo, dont le talent pour l’invective n’a rien à envier à celui d’un Donald Trump, il a qualifié le coup de tonnerre américain de  » vaffanculo  » ( » va te faire foutre « ) au monde.

Face à cette avalanche de mauvaises nouvelles, et alors que sa popularité est en berne depuis plusieurs mois (elle stagne aux environs de 30  %, soit 35 points de moins que lors de sa prise de fonctions), le chef du gouvernement cherche avant tout à convaincre les électeurs d’aller voter.  » Il nous faut 15  millions de voix « , a-t-il ainsi lancé vendredi, convaincu qu’une forte participation jouerait plus en faveur du oui. A l’appui de cette théorie, les sondages détaillés, qui montrent que les Italiens, majo-ritairement attirés par le non, -approuvent pourtant, une à une, les mesures contenues dans la réforme. Selon un sondage Cise-Il Sole 24 ore publié le 17  novembre, les Italiens seraient 53  % à soutenir la fin du bicamérisme parfait, 57  % à approuver le primat de la Chambre des députés sur le Sénat, 52  % à appuyer le retour de certaines compétences des régions à l’Etat.

Autant de raisons de ne pas désespérer, et de consacrer la fin de la campagne à convaincre les indécis. Parmi eux, l’électorat de la droite modérée, devenu ces dernières années nettement eurosceptique, que la perspective d’une nouvelle crise politique pourrait inquiéter. Justement, Matteo Renzi a multiplié ces derniers jours les signes de défiance envers Bruxelles, qui critiquait le budget italien pour 2017, menaçant même de ne pas voter le budget européen. Le 12  novembre, lors d’une allocution diffusée sur Facebook, il s’est exprimé devant un mur de drapeaux italiens, escamotant l’emblème européen, au mépris des usages en vigueur dans l’Union. Un geste très remarqué en Italie, et salué en France par… le Front national.

Enfin, n’ayant pas réussi à faire oublier la promesse de se démettre en cas de défaite, qu’il avait faite très imprudemment, Matteo Renzi s’est résolu à l’assumer à nouveau, posant à l’homme seul face au  » ramassis  » de ses adversaires.  » Je ne serai pas celui avec qui les autres se mettront d’accord pour un gouvernement technique, a-t-il confié jeudi 17  novembre durant un entretien à la radio RTL. Ils le -feront, mais pas avec moi.  »

Pas de coalition alternative

Ainsi, l’hypothèse d’un Renzi -restant à son poste après la défaite perd-elle chaque jour un peu plus de crédibilité. Paradoxalement, les plus entêtés à la défendre, ces -dernières semaines, auront été les dissidents du PD, conscients de l’absence de coalition alternative, et inquiets des conséquences d’une nouvelle crise politique sur une économie fragile.

Mettre sur pied un gouvernement technique, suivant une habitude désormais solidement installée en Italie ? Ce serait un cadeau en or massif au Mouvement 5 étoiles, qui prospère justement sur l’absence de légitimité démocratique des gouvernements qui se succèdent depuis 2011. D’éventuelles élections anticipées, elles, ne pourraient pas avoir lieu avant plusieurs mois, car il faudra avant tout se mettre d’accord sur une loi électorale. Le Mouvement 5 étoiles pourrait bien les aborder dans la peau du favori.
Jérôme Gautheret

LE CONTEXTE
référendum

Les quatre principaux – points de la réforme

  • Suppression du bicamérisme parfait. Le Sénat perd ainsi une de ses prérogatives, celle de voter la confiance. Il ne votera également plus la loi de finances.

  • Remplacement du Sénat par une Chambre constituée de 100 sièges, 21 maires, 74 représentants des régions et 5 personnes désignées par le président.

  • Suppression du Conseil national de l’économie et du travail, -équivalent du Conseil écono-mique, social et environnemental français.

  • Redéfinition des rapports entre l’Etat et les régions, dans le sens d’un retour de certaines préro-gatives à l’Etat.

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