Les 10 meilleurs films d’animation français selon le magazine Inrockuptibles


La sortie de « Ma vie de courgette » de Claude Barras est l’occasion de faire le point sur le cinéma d’animation français, indéniablement riche et varié, niche de nouveaux talents happés par les studios américains. Voici notre top-ten des meilleurs films d’animation made in France

Sans remonter à la Caverne de Platon, ancêtre de la projection, ni même aux Fantasmagories de Robertson, qui préludèrent au cinéma un siècle avant son invention, le dessin animé commence en 1898, avec la fondation du Théâtre optique par Emile Reynaud. Par la suite, cette discipline se développe en France, essentiellement sur le modèle adopté aussi bien aux Etats-Unis qu’au Japon, celui de la ligne claire : dessins aux couleurs unies cernées de traits noirs, dont Hergé ou Disney furent les chantres en BD. On peut citer Paul Grimault comme principale figure de l’animation française. Ce qui n’empêcha pas des expériences originales s’éloignant du dessin animé comme celles de Staréwitch (marionnettes animalières) ou d’Alexeieff (écran d’épingles). Le seul secteur où la France reste encore en sous-régime est l’animation 3D. Paradoxe, car elle est précurseur dans ce domaine et possède certaines des meilleures écoles spécialisées, comme Supinfocom et les Gobelins – dont est d’ailleurs issu Pierre Coffin, co-réalisateur du méga-succès franco-américain Moi, moche et méchant, célèbre pour ses Minions. D’autres brillants élèves de ces écoles françaises ont été appelés par Hollywood, ce qui n’empêche pas la création hexagonale d’être florissante.

Pauvre Pierrot de Emile Reynaud – 1892

Une des Pantomines lumineuses d’Emile Reynaud, grand pionnier du cinéma d’animation, qui à l’époque n’avait rien à voir avec la photographie puisque les films étaient simplement peints à la main, en couleurs, et ensuite projetés. Cette variation élémentaire sur les amours de Pierrot et Colombine, d’une grande grâce, fut donc réalisée avant même l’invention officielle du Cinématographe.

Fantasmagorie d’Emile Cohl – 1908

Emile Cohl est le père officiel du cinéma d’animation français. Une école de Lyon porte son nom, dont le réalisateur de Ma vie de courgette, Claude Barras, est issu. Avec un tracé net mais élémentaire, exécuté en blanc sur noir par la main de l’artiste, filmée au début, Fantasmagorie serait le premier dessin animé de l’histoire du cinéma (en dehors des travaux pionniers de Reynaud). Ne pas confondre avec les Fantasmagories d’Etienne Robertson, expériences pionnières annonçant le cinéma, qui relevaient du spiritisme.

Le Roman de Renard de Ladislas Staréwitch –1937

Le premier long métrage d’animation français. Réalisé par le Russe exilé Ladislas Staréwitch, cette co-production franco-allemande fut d’abord projetée en Allemagne en 1937, puis en France en 1941. Elle s’inspire des célèbres fables moyenâgeuses et anthropomorphiques dont le héros est un renard retors. Starévitch fut un virtuose de l’animation de figurines en fil de fer, recouvertes de peaux. Le résultat n’est pas si primitif qu’on pourrait le craindre et les mouvements des personnages, animés image par image (ou stop motion), quasiment parfaits. Wes Anderson s’est largement inspiré de ce film pour son Fantastic Mr. Fox.

La Planète sauvage de René Laloux – 1973

Réalisée en papier découpé d’après des dessins de Roland Topor et inspirée d’un roman de Stefan Wul, cette fantasmagorie surréalisto-psychédélique, située sur une planète imaginaire, met en scène deux peuples antagonistes, les géants et cruels Draags, et les Oms qui sont leurs esclaves. Un chef d’œuvre de la SF d’animation française due au maître du genre, René Laloux, qui ne dessinait pas lui-même mais faisait appel à divers artistes, comme Topor ou Mœbius (pour Les Maîtres du temps, également d’après Wul). A signaler, la partition pop envoûtante d’Alain Goraguer, qui contribua au succès du film.

 

Le Roi et l’Oiseau de Paul Grimault – 1980

La version longue et remaniée de La Bergère et le Ramoneur de Grimault, sorti en 1953. Ce sommet du dessin animé français, tiré d’un conte d’Andersen, narre les tribulations d’une bergère et d’un ramoneur, qui tentent de s’extirper d’un royaume dont le monarque est un dictateur implacable. Une fable libertaire représentative des options progressistes du groupe Octobre, auquel appartenaient Paul Grimault et Jacques Prévert. Et bien sûr une œuvre d’un immense raffinement formel, qui exerça une grande influence sur Hayao Miyazaki.

Gwen, le livre de sable de Jean-François Laguionie – 1985

Une féerie arabisante d’un des deux grands vétérans du dessin animé français. Situé dans un désert imaginaire, plus ou moins post-apocalyptique, le film en partie focalisé sur la relation de deux adolescents, vaut moins pour ses qualités d’animation, assez succinctes, que pour son travail graphique, son rendu pastel, ses transparences et ses textures veloutées, souvent proches de l’abstraction. Laguionie s’orienta ensuite vers un style plus ligne claire.

Kirikou et la sorcière de Michel Ocelot – 1998

Une réussite à la fois plastique et narrative, qui met à l’honneur l’Afrique. Une Afrique archaïque, un peu fantasmée et simplifiée, restituée dans sa dimension animiste et hédoniste. Centré sur la lutte d’un enfant puissant et éveillé contre une maléfique sorcière, le film s’inspire de contes africains, et met à l’honneur les arts et traditions du continent. Il est accompagné par la musique du Sénégalais Youssou N’Dour. Son succès engendra deux sequels.

Princes et princesses de Michel Ocelot – 2000

A nouveau Michel Ocelot, avec une série de six contes originellement réalisée pour la télévision, qui sortit en salle grâce au succès de Kirikou. Conçu sur le principe de l’ombre chinoise, le film ne montre que les silhouettes noires des personnages et des décors se détachant sur des à-plats colorés. Manière pour le cinéaste d’évoquer, avec une grande précision et un raffinement du détail proche de la dentelle, diverses civilisations, époques et contrées. Il y eut également une suite, Les Contes de la nuit.

Les Triplettes de Belleville de Sylvain Chomet – 2003

A la fois rétro et satirique au dernier degré, Les Triplettes de Belleville marqua l’apparition d’un style nouveau dans le dessin animé français, jusque là relativement lisse et consensuel. Cette invraisemblable histoire d’une vieille dame dont le petit-fils cycliste est enlevé par la Mafia, a une indéniable force expressionniste – trait anguleux, personnages difformes, et extravagances grinçantes — et surréaliste, par son sens du détail bizarre.

Persépolis de Vincent Paronnaud et Marjane Satrapi – 2007

Adaptation d’un roman graphique en plusieurs tomes de l’iranienne Marjane Satrapi, publié en France, qui raconte sa vie, entre Iran et Europe, dans les années 1970 et 80. Le film reprend fidèlement le style de la BD, le même graphisme et le noir et blanc. Co-réalisé par Vincent Paronnaud et Marjane Satrapi, et interprété (pour les voix) par des actrices célèbres comme Catherine Deneuve et Danielle Darrieux, Persépolis s’éloigne de la stylisation narrative du dessin animé traditionnel par son réalisme psychologique et ses dialogues.

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