Week-end à Rome : un dimanche à la plage d’Anzio

LE MONDE | 11.05.2016

Phillippe Ridet est correspondant pour Le monde en Italie depuis 8 ans. Dans ces articles, il décrit avec humour et tendresse l’Italie et les italiens. Je vous propose ici un article dont le sujet est bien connu des napolitains : le premier bain de l’année !

 

4917516_6_867d_2016-05-09-da9def1-1691-1tlh0x0_1448e18a3b68be5d0c0d151a3234c3c5

C’est un rituel sans date fixe, situé quelque part entre le 25 avril, date de la libération de l’Italie, et le 1er-Mai, Fête du travail. Mais il est des années où l’événement se produit plus tôt ou, comme cette année, plus tard. Il est contemporain de la cérémonie du cambio di stagione, quand les Italiens, avertis par une sorte de sixième sens météorologique, savent avec certitude qu’on change de saison, qu’il faut remettre les manteaux d’hiver dans leur housse. L’été commence alors et, avec lui, vient le premier dimanche à la mer.

Elle n’est jamais loin, la mer. Sept mille kilomètres de côtes bordent l’Italie. Une demi-journée de voiture suffit à un Italien pour rejoindre une plage. A Rome, c’est encore moins. Et on a le choix  : Ostie, en ligne droite au bout de la via Cristofero Colombo, bordée de pins ; Santa Marinella, au nord par la via Aurelia ; Anzio, au sud par la via Pontida. Celle-là a notre préférence.

Les Romains ont leur plage de prédilection comme ils ont leurs restaurants préférés. Question de tradition, d’habitudes familiales transmises de génération en génération. On s’y rend en bande, en tribu. On y déjeune d’une pizza à même le sable ou dans un des nombreux restaurants qui ont fini par coloniser le littoral. Mais qu’ils soient inconditionnels de la populaire plage de Fregene ou des très chics établissements balnéaires de Sabaudia, ce premier jour à la mer est un marqueur temporel. Il y aura un avant et un après.

Eau froide et première pizza sur le sable

Gare de Termini. Le train pour Anzio part toutes les heures (toutes les deux heures, le dimanche). C’est le nôtre. Au départ, rien à signaler. Des couples, quelques familles. Premier arrêt  : Torricola. On est encore en ville. Au deuxième, à Pomezia, l’atmosphère du ­wagon change. Des jeunes, serviette autour du cou et déjà en maillot, montent à bord. On parle fort, pour couvrir la musique qui s’échappe des téléphones portables. Inutile de réclamer le silence. On ne vous entend même pas.

Anzio  : tout le monde débarque, comme le firent les troupes anglo-américaines, le 22 janvier 1944. Les plus jeunes se ruent vers la plage publique, les autres vers la plage privée, à 10 minutes à pied de la gare. Premier bain, l’eau est encore froide, mais il faut le faire, parce que c’est le premier. Première pizza sur le sable. Premier fritto misto (calamars et crevettes frites) au restaurant avec vue sur les flots et la statue de Néron, gloire locale.

Au retour, on retrouve ses compagnons de l’aller, en plus rouges. Le wagon est presque calme. On s’endort un peu. Le sel ­pique. Les gares défilent à rebours. C’était le premier jour à la mer. Il ressemblait exactement à celui de l’année dernière et à celui de l’année d’avant. Le temps est une éternité.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s