#Twictée

#Twictée : la dictée en 140 signes, c’est ça l’avenir de l’orthographe ? Pour se familiariser avec le numérique et apprendre l’orthographe, de plus en plus de classes revisitent l’incontournable dictée en pratiquant sur Twitter. Et selon les instits (Instituteurs), ça marche.

Pour enseigner l’orthographe aux écoliers, certains profs n’hésitent plus à utiliser Twitter dans le cadre de dictées en ligne – les « twictées ».L’idée est simple. Il s’agit d’abord de dicter une phrase (inférieure à 140 signes, la limite imposée pour un tweet) comprenant tout un tas de difficultés orthographiques que les élèves recopient au stylo sur leurs cahiers. La classe est ensuite divisée en groupes de deux ou trois, les enfants négociant ce qu’ils pensent être la bonne écriture de tel ou tel mot.Lorsqu’ils parviennent à un accord, ils tweetent leur mini-texte sur tablette, à l’ordinateur, ou parfois même sur le téléphone portable du prof, qu’ils adressent en message privé à une « classe miroir » – une des soixante autres « twittclasses » disséminées du Togo au Canada.C’est elle qui envoie ensuite ses corrections sous forme de « twoutils », c’est-à-dire de hashtags de type #ponctuation ou #lettrequichanteleson.

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« Ils adorent se faire retweeter »

A l’origine de cette correspondance scolaire 2.0, Fabien Hobart, conseiller pédagogique et éducateur spécialisé pour les enfants atteints de déficience intellectuelle, et Régis Forgione, professeur des écoles. « L’enseignement de l’orthographe peut être plutôt coton », convient Hobart. Il a eu l’idée de recourir à Twitter en lisant « Comment enseigner l’orthographe aujourd’hui ? » de Danièle Cogis et Catherine Brissaud (éd. Hatier, 2011).

Dans leur ouvrage, les deux chercheuses pointent cinq grands principes pédagogiques qui insistent sur le développement du sentiment de sécurité de l’élève. Et quoi de mieux pour rassurer les enfants que de les associer à leur propre évaluation ?

Christelle Prudon, maîtresse d’une classe de CM1 à Thiais (Val-de-Marne), raconte :

« Ils crient “hourra !” dès que j’annonce une twictée. C’est génial de les voir chercher dans le dictionnaire, débattre, négocier, se justifier : ils sont acteurs de leur apprentissage. Et quand ils se font retweeter par une autre classe, alors là, ils adorent. »

« De douze à six erreurs en trois twictées »

La salle de classe est tapissée de mots-dièse : aux côtés des dessins animaliers, les tableaux d’affichage en liège pullulent désormais de « twoutils » multicolores confectionnés par les profs eux-mêmes.

Jusque-là, la twictée fonctionne. Bruno Mallet, instit de CE2 en ZEP à La-Mée-sur-Seine (Seine-et-Marne) :

« Après l’échange avec la classe miroir, je laisse passer un week-end avant de refaire la dictée en classe. Depuis le début de l’année, la moitié de la classe fait zéro ou une faute, et un élève est passé de douze à six erreurs en trois twictées seulement. Si cet élève ne fait plus que trois ou quatre fautes, j’aurai rempli mon objectif. »

« La vigilance orthographique est beaucoup plus ciblée, c’est très motivant », surenchérit Christelle Prudon. Et quand l’un des enfants réussit le zéro faute, il est félicité sur Twitter et choisit lui-même la prochaine dictée. Le tout à portée de clic des parents.

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Ne serait-il pas plus simple de diviser la classe en deux plutôt que de mobiliser des écoles belges ou tunisiennes ? Probablement. Mais l’avantage de ce dispositif, comme le rappelle Emmanuel Davidenkoff, directeur de la rédaction de L’Etudiant et auteur du « Tsunami numérique » (éd. Stock, 2014), c’est qu’il permet aux élèves de s’investir d’un point de vue affectif :

« Non seulement il y a un côté ludique, un plaisir de jeu associé à un réel apprentissage, mais en plus ce genre de dispositif permet de donner du sens à ce qu’on écrit. »

« Un outil dans ma valise pédagogique »

On est en effet plus vigilant lorsque l’on cherche à s’adresser à quelqu’un qu’on ne connaît pas encore. Emmanuel Davidenkoff ajoute :

« En fait, ce n’est pas nouveau : la pédagogie Freinet avait déjà popularisé l’idée de s’adresser à l’autre en privilégiant la presse scolaire ou la correspondance épistolaire. Il y a un impact sur la façon dont on écrit. Twitter prolonge cette idée en rajoutant le principe d’immédiateté. »

« Pour moi, c’est un outil de plus dans ma valise pédagogique », assure Bruno Mallet. « Le jour où un meilleur outil s’impose, je laisse tomber Twitter. »

D’autant que le site de microblogging constitue la dernière étape de la twictée : 90% du travail s’effectue avec un papier et un crayon.

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140 signes ? Pas un problème

Habien Hobart complète :

« Au fond, ce qui nous intéresse avec Twitter, c’est l’impulsion que ça créé. L’émulation n’est pas la même que lorsque vous écrivez sur la feuille de votre voisin : là, vous êtes publié et visible par le plus grand nombre. »

Quant à la taille réduite des twictées fixée par le réseau social, les instituteurs n’y voient pas de problème. « Sur une petite structure, on peut aborder plein de choses », explique Christelle Prudon. « On réinvestit les règles que l’on voit en twictée dans la production d’écrits plus longs. »

Evidemment, les twictées demandent aux professeurs un certain temps d’adaptation : il faut d’abord se convertir à Twitter, maîtriser hashtags et retweets, puis réadapter le contenu de ses cours au tableau numérique – lorsqu’on en a un – avant d’entrer en contact avec d’autres instits curieux. De quoi décourager les habitués de la craie. « Dans ce cas, il vaut mieux travailler avec un outil qu’on connaît plutôt que de gâcher ses cours », relativise Bruno Mallet.

Christelle Prudon défend une autre vision :

« Ça peut paraître lourd mais ça permet aux élèves de valider les connaissances du brevet informatique et Internet qu’ils doivent de toute façon passer avant d’entrer en sixième. »

La question des données personnelles

Produire, traiter, exploiter, diffuser des documents numériques, communiquer, travailler en réseau, collaborer… Autant de cases à cocher pour obtenir le fameux B2i. D’autant que cela permet aussi d’aborder la question de l’identité numérique. Ainsi de la classe de CM2 d’Alexandre Acou, dans le XIIIe arrondissement parisien, qui s’engage à « ne pas publier de données personnelles » ni « écrire à des inconnus ».

La classe de CE2 de Bruno Mallet vote pour savoir qui garder parmi ses followers, afin d’évacuer les robots et profils qui n’ont rien à voir. La twictée permet ainsi de travailler les « humanités numériques », pour reprendre l’expression d’Hobart. Christelle Prudon dit :

« Il faut enseigner aux enfants leur époque. S’ils ne se retrouvent pas dans le monde qui les entoure, l’enseignement ne passe pas. »

La semaine dernière, Fabien Hobart présentait la twictée au Salon de l’éducation sur le stand du ministère :

« Les officiels ont validé la pratique. Mais le jour où 400 classes feront des twictées, nous serons sûrement sur un autre projet. »

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