Marseille, la patte napolitaine

La forte immigration napolitaine datée du 19e siècle a durablement marqué de son empreinte la cité phocéenne

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On les décrit souvent comme des villes jumelles. Et il est vrai que les ressemblances sont frappantes : une même culture de la tchatche*, un goût prononcé pour l’exubérance, la faconde*, pour l’art de la table, une manière de revendiquer crânement son identité comme un défi lancé aux pouvoirs centralisés, une pauvreté endémique, un rapport tout aussi nonchalant aux règles et aux lois, une folle passion pour leurs clubs de football…

Entre Marseille et Naples, ce n’est en réalité pas d’un simple effet miroir dont il s’agit. Mais d’une belle, tourmentée et prolifique histoire de famille.

Raconté par Michel Ficetola (avec l’aide de Patrick Fancello) dans un pavé de près de 365 pages, le récit puise ses racines dans l’immigration massive des Italiens vers la cité phocéenne allant de la fin du 19e siècle jusqu’aux années 1950, au point d’être qualifiée « d’invasion » par les nationalistes de l’époque. Poussés par la pauvreté, ce sont des dizaines de milliers de transalpins qui sont ainsi tombés dans les bras de la deuxième ville de France.

Le quartier Saint-Jean rebaptisé « la petite Naples »

Qui n’a pas toujours accueilli ces « babis » (« crapauds » en provençal) avec des roses. Pour saisir l’ampleur de la vague, un chiffre éloquent : au début du 20e siècle, un habitant sur quatre était natif de la botte.

« Entre 1891 et 1911, note Michel Ficetola, la population marseillaise a augmenté d’environ 30 %. L’immigration italienne, et napolitaine en particulier, a fortement contribué à ce phénomène ». Dans les lots de ces réfugiés économiques d’un autre temps, des Siciliens, des Piémontais, des Sardes et donc une forte colonie napolitaine.

Regroupés autour du Vieux-Port, dans un quartier Saint-Jean rebaptisé « la petite Naples », ces pêcheurs pour la plupart ont petit à petit irrigué l’ensemble de la société marseillaise, au point d’en influencer le style. Et surtout de lui offrir quelques-uns de ses plus grands talents : artistes, sportifs, écrivains… Un puissant héritage.

*Tchatche: Origine occitan provençal. ⁕Tchatcher : discuter ⁕Un tchatcheur : une personne bavarde ⁕Avoir de la tchatche : être bavard, avoir de la discussion, être capable de discuter longuement

*Faconde: Élégance de bien parler; Éloquence trop facile et trop abondante

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