le 14 juillet

Pourquoi le 14 juillet est devenu notre fête nationale ? Depuis quand ? L’historien Jean Sévillia nous raconte les dessous de cet évènement symbolique et les enjeux de sa commémoration.

Depuis quand et pourquoi le 14 juillet est-il devenu notre fête nationale? Que commémore-t-on exactement?

C’est en 1880 que le 14 juillet est devenu fête nationale.Sous le Second Empire, on fêtait la Saint-Napoléon le 15 août, date de l’Assomption, grande fête mariale dans l’Eglise catholique, fête confortée, en 1854 par la proclamation du dogme de l’Immaculée-Conception par le pape Pie IX. Le 15 août était donc la fête nationale de la France sous Napoléon III.

Symboliquement, quand ils arrivent au pouvoir, en 1879, les républicains veulent donc instaurer une fête nationale qui soit en accord avec le projet politique dont ils sont porteurs: républicaniser la France, la couper de l’influence de l’Eglise. Depuis 1872, le parti républicain organisait des manifestations privées à la date du 14 juillet. Lors d’un discours prononcé le 14 juillet 1872 à la Ferté-sous-Jouarre, Gambetta avait ainsi exalté le souvenir de la prise de la Bastille, affirmant que le peuple de Paris ne s’était pas levé «pour renverser une Bastille de pierre, mais pour détruire la véritable Bastille: le Moyen-Age, le despotisme, l’oligarchie, la royauté».

La loi promulguée le 6 juillet 1880 annonce que «la République adopte le 14 juillet comme jour de fête nationale annuelle». Le choix de cette date, en réalité, ratifie une pratique antérieure du parti républicain, mais en jouant sur la double signification du 14 juillet: les radicaux commémorent la prise de la Bastille (14 juillet 1789), tandis que les modérés, à qui la violence révolutionnaire fait peur, préfèrent se souvenir de la Fête de la Fédération (14 juillet 1790).

On a fait de la prise de la Bastille l’élément fondateur marquant le début de la Révolution française. Est-ce vrai? Est-ce réellement la borne qui marque «le début de la fin d’un monde»?

Le 20 juin 1789, quand les députés du tiers-état qui se sont proclamés les mandataires de toute la population française, excluant de la représentation nationale la noblesse et le clergé, se rassemblent dans la salle du Jeu de Paume, à Versailles, et font serment de ne pas se séparer avant d’avoir donné une Constitution à la France, la Révolution commence vraiment, puisque les institutions qui maintenaient l’ancienne France deviennent caduques. Il en est de même pour le 4 août 1789, où ce qu’on appelle improprement «l’abolition des privilèges», privilèges qui représentaient en réalité l’organisation socio-territoriale de droit coutumier de l’Ancien Régime, marque l’entrée dans un monde nouveau. Le 5 et 6 octobre 1789, quand la foule ramène la famille royale à Paris et que le roi est prisonnier de la révolution parisienne, marque aussi la fin d’un monde.

Les dix secrets de la Marseillaise

Hymne national depuis la Révolution, la chanson patriotique a connu bien des avatars et des récupérations… Retour sur les dix secrets de son histoire.

Née dans les vapeurs d’alcool

Au printemps 1792, la France entre en guerre contre l’Autriche, il faut galvaniser les troupes. Le maire de Strasbourg, le baron de Dietrich, réunit plusieurs officiers et mondains pour une soirée d’adieux où l’on porte toast sur toast. Il demande soudain au jeune capitaine Rouget de Lisle, fou de musique, de composer un air entraînant pour galvaniser le cœur des soldats. Impossible de se récuser, l’officier doit se mettre rapidement au travail…

Écrit à plusieurs mains

Rouget de Lisle planche sur le projet, notamment à partir de l’affiche placardée par le maire dans les rues de Strasbourg : « Aux armes, citoyens ! L’étendard de la guerre est déployé, le signal est donné… Qu’ils tremblent, ces despotes couronnés. Marchons ! » Ses talents de compositeur étant limités, on suppose qu’il a obtenu l’aide d’autres musiciens, dont l’épouse du maire, Mme de Dietrich, qui joue du clavecin. Il aurait pu s’inspirer également de quelques mélodies du 25e concerto pour piano de Mozart, un comble puisqu’on part combattre justement le Saint-Empire romain-germanique où ce dernier a vu le jour !

OPA des Marseillais

Joué pour la première fois à Strasbourg, le « Chant de guerre de l’armée du Rhin » est rapidement recopié. Un délégué de Montpellier le chante aux volontaires marseillais, qui l’adoptent immédiatement. Ils montent à Paris en le chantant à tue-tête pendant l’été 1792, si bien qu’il est rapidement connu comme l’hymne des Marseillais, vite baptisé la Marseillaise. Les Parisiens la recopient, arrangent sans doute une nouvelle fois sa mélodie, avant de l’adopter comme chant national en 1795.

Oubliée sous l’Empire

Napoléon n’aimait pas la Marseillaise, sans doute se rappelait-il qu’on l’avait chantée lors de la prise sanglante des Tuileries, en août 1792, quand le roi fut chassé de son palais. Il préfère nettement « La Victoire en chantant », composé également sous la Révolution, qui devient l’hymne national du Premier Empire. Elle est également interdite avec le retour des frères de Louis XVI sur le trône (Louis XVIII et Charles X), puis revient un temps sous Louis-Philippe, avant de disparaître à nouveau sous Napoléon III.

Rouget de Lisle ruiné

Son tube lui a échappé… Le compositeur est même emprisonné sous la Terreur, mais échappe de justesse à la guillotine. L’Assemblée, reconnaissante, lui offrira deux violons pour sa composition nationale. Sous la Restauration, Rouget de Lisle retourne sa veste et écrit un hymne royaliste. Puis il vit d’expédients, à moitié ruiné, à tel point qu’il est emprisonné un temps pour dettes. Le roi Louis-Philippe lui accordera une pension pour qu’il finisse ses jours décemment à Choisy.

Hymne officiel

Il faut attendre la IIIe République, en 1879, pour que la Marseillaise redevienne officiellement l’hymne de la France. La mélodie est plusieurs fois remaniée, le chant est appris à l’école dès le début du XXe siècle, puis à nouveau à la Libération, en 1944. À son arrivée au pouvoir, en 1974, le président Giscard d’Estaing fait modifier son interprétation, en ralentissant légèrement la cadence, sans toucher aux paroles.

Quel « sang impur » ?

À l’heure du politiquement correct, son refrain n’en finit pas de faire polémique, notamment le fameux : « Qu’un sang impur abreuve nos sillons ! » Ce « sang impur » peut désigner celui des ennemis de la Révolution, le sang des tyrans, par exemple. Mais certains historiens soulignent qu’il peut s’agir aussi des défenseurs de la liberté, qui ne sont pas « du sang » pur, à savoir de sang noble : ces « impurs », issus du peuple, seraient ainsi prêts à verser leur sang sur la terre de France pour la défense de la liberté… À chacun sa version.

Le chant des bolcheviks

Ses accents révolutionnaires et séditieux ont très vite séduit les courants extrémistes. On chante « la Marseillaise » lors de la Commune de Paris, au printemps 1871, quand on brise par exemple la colonne Vendôme, ou encore lors des premières émeutes en Russie, celles des marins du cuirassé Potemkine en 1905 ou lors de la Révolution russe, en 1917. Sa version russe, très populaire, finit par être supplantée par l’Internationale dès 1918.

Parodies

On ne compte plus les imitations qui utilisent la mélodie pour défendre une cause : « La Marseillaise anticléricale » (Expulsons l’horrible tonsure/Hors de France, les malfaiteurs !), « La Marseillaise des femmes » (allons il faut que ça finisse/Messieurs, votre règne est passé !), etc. On peut ajouter également « La Bordelaise » de Guy Béart, qui dénonce la manie réglementaire en France : « Allons enfants de la panique, le jour foutoir est arrivé/Contre nous de la République, le fatras des lois est levé/Entendez-vous dans nos campagnes mugir tous ces alinéas… »

Les opposants

La dernière sortie de Lambert Wilson a rappelé qu’un certain nombre de nos compatriotes souhaitent modifier l’hymne national. « Je suis extrêmement énervé que personne ne dise qu’il est temps de changer les paroles de la Marseillaise qui sont d’un autre temps », déclarait récemment l’acteur. Hier, l’abbé Pierre ou Théodore Monod, aujourd’hui Michel Serres, Christine Boutin, ou Bernard-Henri Lévy, tous jugent que les images ou les idées véhiculées par le chant national sont dépassées, voire grotesques ou ridicules. Le débat est ouvert.

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