Inégalités dans le monde

Dans sa rubrique « Fait du jour », RFI propose de courts documents sonores et des exercices en ligne ou à télécharger.

Richesse/pauvreté : le grand écart

EXERCICE EN LIGNE

inégalités (version pdf)

TRANSCRIPTION

François Bernard :En guise de préambule au forum économique mondial à Davos qui débute ce mardi, Oxfam, l’ONG [ndlr : Organisation Non Gouvernementale] Oxfam, publie une étude sur l’augmentation des inégalités, baptisée « Insatiable richesse ».

Zéphyrin Kouadio :Et selon l’étude de l’organisation internationale de développement, les 1 %  les plus riches du monde possèderont plus que le reste du monde en 2016, comme nous l’explique maintenant Ariane Gaffuri.

Ariane Gaffuri : Les 80 personnes les plus riches du monde détiennent aujourd’hui autant de patrimoine que 3,5 milliards d’autres personnes réunies. Un nombre qui va augmenter.

Actuellement, près d’un tiers des quelques 1 600 milliardaires recensés par le magazine Forbes ont hérité d’une partie ou de l’ensemble de leur fortune. La finance et l’assurance sont les secteurs où ces milliardaires prospèrent.

80% de la population, quant à elle, ne se partage que quelques 5 % des richesses mondiales.

Oxfam demande aux États d’organiser cette année un sommet fiscal pour discuter redistribution et évasion fiscale.

Elle appelle aussi les États à adopter un plan de lutte en plusieurs points : investir dans la gratuité des services, comme la santé et l’éducation, répartir plus équitablement les charges fiscales, instaurer un salaire minimum, et pour les plus pauvres un revenu minimum.

Et enfin, s’engager à l’échelle internationale pour combler le fossé vertigineux entre les grandes fortunes et le reste de la population, sachant que dans le monde une personne sur neuf ne mange pas à sa faim.

François Bernard : Ariane Gaffuri.

Pour aller plus loin :

« 1 % les plus riches » : les limites de l’étude d’Oxfam

Le Monde.fr | 21.01.2015

« Les 1 % les plus riches posséderont bientôt la moitié de la richesse mondiale. » Ce titre, vous avez pu le lire sur LeMonde.fr, comme du reste sur de très nombreux sites dans le monde entier, qui ont tous repris une étude de l’ONG Oxfam, publiée peu avant le forum économique de Davos, et réalisée à partir de données issues de la banque Crédit suisse.

1 %, 50 %

Le rapport est frappant, et il a donc été assez logiquement mis en avant. Nous avons réalisé une série de graphiques pour l’illustrer, en prenant la peine de consulter l’étude d’origine de la banque helvète, mais sans nous plonger dans les détails de la méthodologie de cette étude. Ce qui était un tort : il s’avère qu’elle possède certains biais, relevés notamment par l’économiste Alexandre Delaigue sur son blog.

Pourquoi l’étude est-elle critiquable ?

Les chiffres de Crédit suisse, repris par Oxfam, présentent un biais méthodologique certain : ils comparent des patrimoines nets. Soit, des actifs auxquels on retranche des dettes. Comme le résume avec ironie M. Delaigue, avec ce mode de calcul, « la personne la plus pauvre du monde n’est pas un Africain affamé : c’est Jérôme Kerviel », puisqu’il est redevable de sommes colossales, et donc très fortement endetté.

Second biais relevé par l’économiste, qui tient plus de l’effet de déformation : l’étude ne précise pas assez ce que sont les fameux « 1 % les plus riches » : on parle ici au niveau mondial, et on compare donc des situations nationales très différentes. Si on ramène tout à la moyenne, il n’est pas nécessaire d’être un millionnaire en France pour être bien plus riche qu’un Syrien ou qu’un habitant du Laos.

Ainsi, selon M. Delaigue, « pour entrer dans les 50 % les plus riches au niveau mondial, il suffit d’un patrimoine net d’environ 3 000 euros. Cette somme se trouve sur le livret A de nombreux Français qui n’ont probablement pas l’impression d’être parmi les plus riches ». Pour être dans les 1 %, il faut 650 000 euros de patrimoine net, ce qui n’est pas rien, mais ne représente pas une richesse exceptionnelle pour autant.

Pourquoi reste-t-elle pertinente ?

Ces critiques sont pertinentes. Cependant, l’étude est-elle pour autant intégralement fausse ? Non, répond Jean Gadrey, professeur d’économie à l’université de Lille et collaborateur du mensuel Alternatives économiques. Pour lui, les chiffres d’Oxfam, « imparfaits sans le moindre doute, sont défendables et honnêtes, en ce sens qu’ils sont transparents sur la méthode (ce qui facilite d’ailleurs les critiques…) et qu’ils s’appuient sur les meilleures sources disponibles à ce jour ».

Comme le relève M. Gadrey, il est très difficile d’obtenir des données parfaites au niveau mondial sur les niveaux de patrimoines privés, car on compare des situations très différentes selon les pays. Si on veut construire un indicateur évolutif et qui décrive la situation présente, il faut donc nécessairement se contenter d’approximations, qui n’en sont pas pour autant fondamentalement inexactes. En outre, l’étude d’Oxfam est identique dans sa méthodologie à celles des années précédentes, et la comparaison se fait donc dans les mêmes termes.

Surtout, relève l’économiste, d’autres études utilisant d’autres méthodes de calcul aboutissent à la même tendance. Il cite notamment l’étude « World Wealth Report », qui aboutit aux mêmes conclusions que celle d’Oxfam : une concentration de richesses aux mains d’un petit nombre, et qui va croissant.

  Samuel LaurentJournaliste au Monde

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