La publicité en question

Actualité culturelle par Les InrocksPourquoi supprimer les pubs des rues ? Le maire de Grenoble répond

La municipalité écologiste de Grenoble a décidé de ne pas renouveler son contrat avec le groupe d’affichage et de mobilier urbain JCDecaux. Au total 326 panneaux vont ainsi disparaître de l’espace public d’ici à mai 2015. “Une première européenne pour une grande ville” selon la mairie. Entretien avec Eric Piolle, maire de la plus grande ville écologiste de France.

Quelles sont les raisons qui vous ont conduit à prendre cet engagement de bannir la publicité des rues de Grenoble ?

piolleEric Piolle – Il y en a plusieurs. Nous voulions réduire la place occupée par la publicité dans l’espace public. Cette publicité est arrivée à un moment où la ville était construite comme un vecteur de la consommation de masse, avec des publicités faites pour les voitures, pour des profils nourris par cette publicité. Nous sommes maintenant arrivés à un virage où la ville va se construire au contraire sur son identité, et sur un commerce de ville. L’idée générale était donc de se demander comment retrouver un espace public qui reflète l’identité de la ville, qui reflète à la fois des enjeux d’espace public, une ville apaisée, et des enjeux de commerce de ville compatibles avec son identité.

Vous allez planter des arbres à la place des panneaux publicitaires qui vont être retirés. Symboliquement quel message souhaitez-vous transmettre ?

Il y a un besoin de créer un espace urbain qui corresponde à une ville apaisée, citoyenne, de projets, une ville qui répond à la fois aux besoins fondamentaux de ses habitants en terme de logement, d’habitation, de santé, de transports, de tranquillité publique, et également de vie économique. La végétalisation est un autre axe de notre développement urbain : c’est positif pour la qualité de vie, mais également parce que c’est un régulateur thermique, et qu’il fait très chaud à Grenoble l’été. C’est une ville qui a été petit à petit minéralisée. Cette végétation est importante aussi dans la réappropriation de l’espace public. Nous avons mis en place à l’automne un projet qui développe les jardins partagés, qui sont en train d’exploser en terme de pratique, et qui permet aux habitants de prendre en main un morceau d’espace public, pour jardiner en l’occurrence. C’est donc la symbolique d’une ville apaisée que nous voulions transmettre, dont la qualité de vie est un atout majeur, à la fois pour les services qu’elle offre, la protection, l’innovation, et la qualité de vie au quotidien.

Vous avez décidé de donner plus de place à l’affichage libre, en réservant des espaces aux associations et aux acteurs culturels, et en novembre vous avez organisé les premières “assises citoyennes”. La participation à la démocratie locale est-elle un objectif fort pour vous ?

La question de ce qu’on fait de l’espace public et de la démocratie locale est un enjeu très fort, car c’est un objectif en soi de la démocratie d’avoir des citoyens pleins et entiers, et cela constitue aussi un effet de levier très fort pour transformer la ville. Cela passe par un affichage culturel qui doit continuer, par un affichage d’opinion qui doit perdurer, mais aussi par un affichage de vie de quartier : comment trouver de la place pour dire qu’il y a la fête de l’école tel jour, une activité organisée par les commerçants du quartier, la fête du club de foot… Aujourd’hui on n’a pas l’espace pour sortir des réseaux et aller mettre en œuvre cette vie de quartier.

Le manque à gagner provoqué par le non renouvellement du contrat de la ville avec JCDecaux sera-t-il entièrement compensé par la baisse des rémunérations des élus que vous avez appliquée ?

Il est plus que compensé. Le contrat de dix ans que nous avions avec JCDecaux ramenait beaucoup à la ville : 600 000 euros par an, mais ce modèle est en déclin. Par rapport à il y a dix ans, les multimédias, internet, les tablettes, les smartphones ont transformé radicalement le monde de la publicité. La redevance aurait donc été divisée par quatre ou cinq. La baisse des indemnités des élus a été faite pour revenir sur la hausse de 25% qui a été décidée en 2008 par la majorité précédente. Il y avait un signal qui était totalement anachronique : en pleine crise à la fois économique – après le choc de 2008 – et démocratique, les élus ses sont augmentés de 25%, ce qui est tout de même hallucinant. Il faut que les règles de Monsieur et Madame Tout-le-monde s’appliquent à la vie publique. Cela représente une économie de 300 000 euros par an.

Cela dit le manque à gagner du fait du non-renouvellement du contrat est sans mesure avec la baisse des dotations de l’Etat aux collectivités. C’est une des villes les plus endettées par habitant, dans laquelle les impôts sont au maximum, et nous sommes à la limite des équations légales que doivent respecter les collectivités. Sur trois ans nous allons perdre 45 millions d’euros, ce qui aura un effet majeur.

Grenoble est souvent qualifiée de “Silicon Valley” à la française, et son image à l’extérieur est celle d’un pôle scientifique et technologique. Est-ce que vous souhaitez donner une image plus citoyenne et écologique de Grenoble ?

Nous cherchons à élargir l’image de Grenoble. Cette vie scientifique et technologique n’est que la traduction d’une ville citoyenne caractérisée par la porosité entre différents mondes. Cette tradition est présente depuis longtemps : la révolution française a commencé à Grenoble en 1788, les premières mutuelles ouvrières en 1803, c’est à Grenoble, le premier planning familial, c’est à Grenoble, les premières associations d’étrangers – c’était alors illégal – c’est à Grenoble avec Hubert Dubedout [maire de Grenoble de 1965 à 1983]. Les milieux scientifiques et universitaires, les milieux industriels, les milieux engagés dans le tissu associatif, les milieux montagnards, tout cela se croise et se recroise avec le milieu politique. Il y a une porosité qu’il n’y a pas dans d’autres villes où soit vous êtes de la caste des bourgeois, celle des industriels, ou celle de la politique sans qu’il n’y ait jamais de croisement. C’est cette porosité qui fait la richesse de cette ville.

Progressivement, c’est vrai que l’image s’est réduite à celle d’une ville de high-tech, ce qui est une réalité, mais c’est la traduction d’une ville citoyenne qui foisonne dans tous les domaines. Même dans le monde scientifique l’aspect high-tech est largement dépassé : il y a plus de cinq chercheurs qui participent au GIEC [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, ndlr]. On a des compétences sur le climat, l’urbanisme, la logistique urbaine,… Tout cela est très fort. Le monde culturel, économique, de l’innovation sociale, tout cela se croise.

Propos recueillis par Mathieu Dejean 

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