Au festival Maggio, une autre variété italienne est possible

Le Monde.fr | 14.05.2014  Par Aureliano Tonet

Les Italiens appellent « musique légère » ce que nous autres Français qualifions de musiques actuelles, populaires ou de variété. Cela ne veut pas dire que la chose ne doive pas être prise au sérieux – bien au contraire. Si vous croisez un Italien et que vous associez spontanément le rock de son pays à Zucchero, Laura Pausini ou Eros Ramazzotti, vous l’offenserez aussi sûrement dans sa dignité que si vous résumiez le cinéma transalpin aux performances de Rocco Siffredi, ou la gastronomie péninsulaire aux pizzas Buitoni.

4418648_7_65e1_le-chanteur-italien-dente-a-l-affiche-du_3eba515c8384ecac5689c1e244d11548La première édition du festival Maggio, qui se tiendra du 16 au 18 mai au Gibus, à Paris, vous permettra, si besoin est, de remiser vos stéréotypes sur le sujet : n’en déplaise aux mauvaises langues, la variété italienne est l’une des plus vives et délicates qui soient. C’est d’ailleurs dans un repère de fins gourmets, le café Marcovaldo, dans le IIIe arrondissement, que les quatre cerveaux de la manifestation nous donnent rendez-vous.

PROSCIUTTO COTTO AUX HERBES

Deux d’entre eux ont cofondé en juin 2012 ce café littéraire, ainsi baptisé en référence à un livre d’Italo Calvino. Quand ils ne confectionnent pas de succulentes frittatas, ou qu’ils ne tranchent pas leur divin prosciutto cotto aux herbes, ils y organisent tous les mois des showcases, des débats ou des expositions avec la jeune garde artistique de leur pays. « Les organismes officiels de promotion de la culture italienne à l’étranger privilégient des disciplines quelque peu guindées, au détriment de formes plus novatrices. Nous voulons tordre le cou aux clichés et montrer qu’il existe une scène émergente de qualité de l’autre côté des Alpes », insiste Francesca, l’une des patronnes de Marcovaldo, fraîchement passée par Normale Sup, rue d’Ulm.

La plupart des chanteurs programmés au festival Maggio ont ainsi donné leur premier parisien concert entre les tables vintages de Marcovaldo. C’est le cas du plus célèbre d’entre eux, Dente, basé à Milan. Majoritairement acoustiques, mais traversées d’accents soul et de zébrures synthétiques, ses chansons vibrent d’une émotion et d’une sophistication qui évoquent les grandes heures de Lucio Battisti. Idole nationale décédée en 1998, révéré par David Bowie, Ennio Morricone ou Phoenix, Battisti jouit en Italie d’une stature voisine à celle dont bénéficie, en France, Serge Gainsbourg.

Dans le clip de son morceau S’Illumina, le Sicilien Colapesce, lui aussi à l’affiche de Maggio, jette dans une valise une flopée d’objets fétiches, comme autant d’influences revendiquées : parmi ces totems figurent deux disques de Battisti, dont le chef-d’oeuvre Anima Latina (1974). « De tous les artistes présents à notre festival, Colapesce est peut-être celui qui synthétise le mieux l’état d’esprit de cette génération, indique Francesca. Même s’ils sont originaires des quatre coins du pays, ils sont signés sur les mêmes labels, collaborent les uns avec les autres, soignent autant leurs textes que leurs musiques. Leur érudition est frappante : ils connaissent sur le bout des doigts les plus beaux chapitres de l’histoire de la chanson italienne, de Franco Battiato à Rino Gaetano ou Enzo Carella, et y apportent une touche de modernité anglo-saxonne. »

« COUSINS TRANSALPINS DE FAUVE »

Mises élégantes, barbes et moustaches à foison, clips inventifs et léchés : si le syndrome « hipster » guette, il serait dommage d’enfermer derrière cette terminologie nos jeunes gens modernes, moins uniformes qu’il n’y paraît. Certes, Italie oblige, les voix jouent volontiers sur une corde rauque et sensible. Mais il y a un monde entre les popsongs fragiles, ornées d’orchestrations luxuriantes, de Dimartino, L’Orso ou Brunori Sas et les scansions électro-rap de Lo Stato Sociale, en tête des ventes en Italie, présentés par Francesca comme « les cousins transalpins de Fauve ».

4418668_4_4f62_brunori-sas-a-l-affiche-du-festival-maggio_5948dea2972f4ba43299e91915596606Monté quasi-bénévolement, avec un soutien marginal et tardif de Suona Italiano – un programme de l’Institut culturel italien –, Maggio a pu compter sur la bienveillance des artistes invités, qui ont accepté de revoir à la baisse leurs cachets. Les organisateurs attendent de mesurer le succès de cette première édition avant, éventuellement, de la faire refleurir au printemps 2015. En italien, Maggio veut dire « mai » ; joli mot, joli mois – cette Italie-là nous plaît.

Festival Maggio. Du 16 au 18 mai, au Gibus, 18 rue du Faubourg du Temple, 75011 Paris. Tél. : 01 47 00 78 88. 28 euros par soir. Pass 60 euros pour les trois soirs (réduction étudiants).

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