La Côte d’Azur sur un plateau

LE MONDE | 22.04.2014

Dans moins d’un mois, du 14 au 25 mai, la Riviera accueillera à Cannes l’industrie mondiale du cinéma. Comme chaque année à la même époque, la ville et ses environs seront pris d’assaut par les professionnels et les curieux, à l’affût de la moindre star ou starlette.

Inutile, dans ces conditions, d’envisager un séjour au mois de mai sur la Côte d’Azur : il y a bien longtemps que le moindre hébergement, du palace à la simple chambre d’hôte, a été réservé.

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Pour autant, rien ne vous empêche, dès la clôture du Festival de Cannes, de partir dans de bonnes conditions à la découverte de la cité et de ses environs, dont l’histoire est si intimement liée au 7e art. De Cannes à Nice, de Villefranche-sur-Mer à Eze jusqu’à Saint-Paul- de-Vence, autant d’étapes pour se faire son propre cinéma.

Puisque à chaque périple il faut un point de départ, Cannes peut être la ville idéale pour un clap de début. Le Palais des festivals, inauguré en 1983, toujours surnommé par certains Cannois « le bunker », se visite. L’œil averti du cinéphile verra immédiatement que le bâtiment a mis à profit l’année 2013 pour se faire une beauté : les 24 marches qui accueillent traditionnellement le célèbre tapis rouge ont été refaites en marbre blanc et le grand auditorium, avec ses 2 309 fauteuils, dans lequel est remise la très convoitée Palme d’or, a été complètement réaménagé. Au sortir du Palais, clin d’œil à Hollywood et à son fameux Walk of Fame, le chemin cannois des étoiles : on peut y comparer ses empreintes de mains avec celles des stars.

JAMES BOND, HARRY POTTER OU SUPERMAN

Quand Cannes fait son cinéma, elle ne le fait pas moitié. Depuis une douzaine d’années, la ville s’est lancée dans la réalisation de fresques murales géantes consacrées au 7e art. En empruntant les ruelles qui mènent à la colline du « Suquet », à quelques centaines de mètres du Palais des festivals, on peut faire une halte rue Saint-Dizier, au niveau de la place du Suquet, pour admirer la fresque représentant Jacques Tati et son fameux Hôtel de la plage. Monsieur Hulot est là, de dos, les yeux rivés sur l’affiche de Playtime. Juste à côté, on peut voir un autre mur peint, le Restaurant Barbarella, au-dessus duquel on devine une chambre, fenêtre entrouverte, avec vue… A proximité, on retrouve Buster Keaton, accroché à son antique caméra. De cette place, ne pas hésiter à pousser jusqu’aux remparts et profiter de la superbe vue sur la ville, le port, la Croisette et les îles de Lérins.

La totalité du circuit des murs peints est disponible à l’office de tourisme. Tout comme le parcours des silhouettes de cinéma, où il suffit de passer sa tête pour devenir James Bond, Harry Potter ou Superman, le temps d’une photo.

Le premier Festival international du film de Cannes était prévu du 1er au 20 septembre 1939. Mais l’Histoire en décida autrement : la mobilisation générale a eu raison de l’événement, dont le premier n’eut finalement lieu qu’en 1946. Il reste toutefois un élément collector de 1939 : la première affiche du Festival, créée par le peintre Jean-Gabriel Domergue. Clin d’œil au passé, c’est désormais dans la villa Art déco du peintre que le jury du festival se réunit chaque année pour délibérer. Une villa dont les beaux jardins se visitent et où l’on peut venir écouter des concerts au début du mois d’août dans le cadre de « Jazz à Domergue ».

On ne quittera pas la ville de Cannes sans arpenter la Croisette, peut-être pour y apercevoir des stars, mais surtout pour y admirer trois fleurons de l’hôtellerie de grand luxe cannoise liés au cinéma : le Martinez, le Majestic Barrière et le Carlton, du groupe Intercontinental, qui vient de fêter ses 100 ans.

4405651_6_93e1_grace-kelly-et-cary-grant-dans-la-main-au_57384a18870a8d3df041a5456dcb80baGRACE KELLY ET CARY GRANT DANS « LA MAIN AU COLLET »

S’agissant de ce dernier palace, la légende veut que les deux coupoles sises à chaque extrémité du bâtiment aient été inspirées à l’architecte niçois Charles Dalmas par les seins de la Belle Otero. Les cinéphiles avertis se souviendront, eux, que c’est dans cet hôtel, devant la porte de la suite 623, que l’on assiste à l’intense face-à-face entre Grace Kelly et Cary Grant réunis par Alfred Hitchcock pour former le couple de La Main au collet.

Si Cannes tient le haut de l’affiche, le reste de la Riviera est loin de jouer les utilités. Direction Villefranche-sur-Mer et son incroyable rade qui a servi de décor à plus de 150 films. Les quais du port de la Santé ont souvent été filmés par les réalisateurs pour devenir, pêle-mêle, Biarritz dans Brice de Nice, mais aussi Nantes au début du XIXe siècle dans Capitaine sans peur (1951), de Raoul Walsh, avec Gregory Peck, ou, plus exotique, Macao dans Macao, l’enfer du jeu, de Jean Delannoy, en 1942.

Tout aussi exotique, l’imposante citadelle de Villefranche, qui date du XVIe siècle, est devenue successivement le fort militaire de Gibraltar dans le film Gibraltar (1938), avec Erich von Stroheim et Viviane Romance ; le bagne de Toulon dans la série télévisée « Vidocq », et même la Forteresse de Palmyre, en plein désert syrien, dans Jamais plus jamais, un James Bond dont le héros était incarné par Sean Connery en 1983.

Quant au port de la Darse, qui date lui aussi du XVIe siècle, il a servi de cadre à La Taverne de La Nouvelle-Orléans, avec Errol Flynn, en 1951. On pourra compléter ce parcours à Villefranche par la rue Obscure, où Cocteau a tourné, en 1959, son Testament d’Orphée.

Cette balade autour du cinéma peut se prolonger vers le beau village d’Eze, accroché à flanc de montagne. En prenant les routes de la Turbie, on replonge dans La Main au collet et on repense à Grace Kelly conduisant sa décapotable sur ce parcours sinueux où elle trouvera la mort vingt-sept ans plus tard…

Pour terminer le voyage, une pause s’impose à Saint-Paul-de-Vence. Connu pour la Fondation Maeght, qui fête cette année ses 50 ans, et l’auberge La Colombe d’Or – rendez-vous des peintres avant que n’arrivent Yves Montand, Simone Signoret ou Lino Ventura –, le village n’est toutefois plus le havre de paix de jadis. Beaucoup de galeries et de boutiques d’artisanat s’y sont installées. A défaut de déjeuner à La Colombe, pourquoi ne pas prendre un verre au Café de la place, délicieusement ombragé par les platanes, où on imaginera Montand, Ventura ou, pourquoi pas, Prévert jouant aux boules…


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