Ces mots qui voyagent

Henriette Walter, linguiste de renom, vous fait découvrir comment les mots circulent et, devenant grands voyageurs, passent souvent les frontières. Les mots français émigrent souvent vers le portugais, l’italien, l’anglais, le suédois… bien des langues adoptent des mots de la langue française.

Henriette Walter, linguiste renommée, est professeur émérite de linguistique à l’Université de Haute Bretagne, directrice du laboratoire de phonologie à l’École Pratique des Hautes Études et surtout auteure d’ouvrages savants, spécialisés, mais aussi d’ouvrages qui ont fait aimer l’histoire des mots et de la langue française à un vaste public.

 

Extrait d’une interview

 

Henriette Walter les mots qui voyagent

Hélène Renard : Vous remarquez justement que parmi des mots qui sont devenus internationaux, il y a le mot  hôtel « , mais c’est vrai que la majorité des autres tourne non autour du buffet ou de la restauration, mais tourne aussi autour de la vie quotidienne. Au fond ce sont des mots très quotidiens : le  garage …, la  boutique ….

Henriette Walter : Exactement.

Hélène Renard : Ce ne sont pas des mots savants…

Henriette Walter : Non , pas forcément. Mais des mots qui sont de la vie quotidienne, la vie quotidienne facile. Le garage c’est quand même une facilité, n’est­ ce pas ? Si on passe vers l’allemand … On a du vocabulaire d’origine française. Il y a bien sûr des termes de l’habillement : « costume », « décolleté » ;  de la cuisine : « bouillon », «  fricassée », « mayonnaise » , « mayonnaise » qui est partout et pas seulement en allemand, il est vraiment passé partout, c’est une invention  française. « Krokant » la praline, «  bonbon »·

Mais il faut savoir que, par exemple «  bonbon », on le trouve aussi en espagnol et « bonbon »  en espagnol c’est pas vraiment un bonbon, c’est un petit chocolat, chocolat fourré, que nous appelons nous des chocolats, ce que les Belges appellent des pralines. Il y a beaucoup de faux amis… Alors, j’ai trouvé des faux amis  extraordinaires et très intéressants, très amusants en allemand. Par exemple, un « baiser »,  un « baiser », ça n’est pas du tout…

Hélène Renard : C’est important ça !

Henriette Walter : Et oui ! Ça n’est pas du tout ce que vous pouvez penser… Et bien, c’est une meringue.

Encore un peu de gourmandise française : par exemple, une « allée », chez nous, c’est petit , une allée. En allemand c’est une avenue. Ce n’est pas du tout quelque chose de petit, « Une chaise  longue » c’est ce qui correspond  à un divan chez nous. L’adjectif « fidèle »  ne signifie pas du tout fidèle. Ça signifie gai, joyeux. « Alimente » c’est  la pension  alimentaire, un «  konzept » c’est un brouillon … vous voyez, on va loin, vraiment loin …

Hélène Renard : Alors, comment expliquer justement  que…

Henriette Walter : Le changement ?

Hélène Renard : Oui, c’est ça, qu’ils aient changé de sens ?

Henriette  Walter :  Et  bien ,  écoutez,  c’est  ce qu’on  fait quand  on emprunte un  mot à une langue  étrangère.  On  en  fait  sa  propriété  et après on en fait ce qu’on veut finalement … le sens change tout doucement. Alors, on n’a pas toujours ce qu’il faut dans la littérature pour nous dire  « Voilà, c’est comme ça que c’est arrivé ». Par exemple, le mot « Antikar »  c’est le bouquiniste. Alors, on voit bien, « antikar » ce sont les vieux livres, mais, ce n’est pas antiquaire, c’est l’antiquaire des livres et pas n’importe quel anti­ quaire. Donc on restreint le sens très souvent. Ou bien on restreint ou bien, au contraire, on élargit…

Hélène Renard : En tout cas, on fait ce qu’on veut, c’est ça qui est important.

 

Et pour illustrer les propos d’Henriette Walter, voici une petite vidéo où il est question des mots français utilisés dans la langue italienne

 

 

Les mots français d’origine italienne

C’est surtout au XVIe siècle que le français a puisé abondamment et avec délices dans la langue italienne, qui lui a donné des centaines de mots dans des domaines aussi variés que ceux :

  • des vêtements : caleçon, pantalon, costume, veste, escarpin, pantoufle… ;
  • des arts plastiques, de l’architecture et de la musique : dessin, esquisse, coupole, gradin, balcon, arpège, solfège, sérénade, virtuose… ;
  • de la table : banquet, festin, bocal, vermicelles, chou-fleur, radis, saucisson, citrouille… ;
  • de la guerre : alerte, alarme, sentinelle

On devrait aussi se souvenir que sont venus de l’italien : pommade et lavande, colis et valise, ombrelle et parasol, mais aussi les adjectifs balourd, fantasque, burlesque et ingambe et les verbes réussir, caresser ou batifoler, mais ils se sont si bien intégrés qu’ils font maintenant partie du patrimoine français.

 

 

Une réflexion sur “Ces mots qui voyagent

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