Grammy Awards : le sacre de Daft Punk

La cérémonie des Grammy Awards 2014 a décerné, dimanche 26 janvier, 82 récompenses au total, couvrant tous les genres et champs techniques. Les dix trophées les plus prestigieux ont été remis lors d’un show de trois heures qui s’est tenu dans la soirée au Staples Center de Los Angeles.

Les Français ont remporté quatre trophées en leur nom, tout comme Pharrell Williams (nommé sept fois). Mais l’ingénieur du son de leur album Random Access Memories a également transformé sa nomination en titre, ce qui porte à cinq les récompenses pour le duo.

Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo ont surtout fait carton plein, puisqu’ils ont raflé l’ensemble des prix où ils étaient nommés, dont trois des plus prestigieux : l’album de l’année, meilleur enregistrement et meilleur duo pop-performance de groupe avec Pharrell Williams (le trophée du meilleur album dance-électro leur a été décerné dans la pré-cérémonie). C’est un record pour un groupe français.

Les « robots », qui étaient tout de blanc vêtus cette nuit, casque inclus, n’ont pas prononcé un mot, comme il se doit. C’est Pharrell qui a prêté sa voix pour les remerciements. « Je suppose que la France est très fière de ces deux mecs », a-t-il notamment déclaré. La version de Get Lucky avec Nile Rodgers, Pharrell Williams et Stevie Wonder a ensuite fait vibrer le Staples Center.

Article du Monde qui propose son analyse sur le phénomène Daft Punk :

 

Deux Daft, une femme, trois possibilités

M le magazine du Monde | 06.12.2013 Stéphane Davet

M le magazine du Monde | 06.12.2013 à 11h39 • Mis à jour le 27.01.2014 à 08h33 | Stéphane DavetLes Daft Punk.

Ces robots savent forcer la chance. Avec une minutie de programme spatial, Daft Punk a milimétré son année. Le lancement de son quatrième album, Random Access Memories, restera sans doute un cas d’école. Attisant d’abord l’attente jusqu’à l’hystérie avec un art consommé de la mise en scène, séduisant ensuite la planète avec un désormais classique des dancefloor Get Lucky (vidéo vue plus de 144 millions de fois sur YouTube), avant de dévoiler un album plein de tubes et d’audaces, le duo formé par Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo a suscité l’admiration de ses pairs , la ferveur des fans et des médias.

Dès sa sortie le 20 mai, Random Access Memories s’est classé en tête des charts de vingt et un pays, dont les Etats-Unis. Même si les ventes ont un peu fléchi les semaines suivantes, Daft Punk peut revendiquer, six mois après, l’impressionnant bilan de 3 millions d’albums vendus (dont 500 000 en France, 450 000 en Grande Bretagne et 700 000 aux Etats-Unis). Dans l’Hexagone, le groupe français le plus important de l’histoire de la pop a provoqué l’une des rares embellies de l’industrie musicale depuis ces dix dernières années. Au Royaume-Uni, les experts ont conclu que RAM était l’une des raisons du doublement du chiffre d’affaires du disque vinyle en 2013, avec les nouveaux albums de David Bowie et des Arctic Monkeys.

Cette omniprésence aurait pu provoquer une saturation accentuée par un sentiment de manipulation. Pourtant, les milliers de vidéos parodiques de Get Lucky postées sur le Net résonnent comme des hommages plus que des critiques. Et quand les Français annulent à la dernière minute leur venue à l’émission « The Colbert Report », sur la chaîne américaine Comedy Central, pour cause de contrat d’exclusivité avec les Video Music Awards, l’animateur, Stephen Colbert se moque d’eux en dansant sur fond de Get Lucky avec des personnalités comme Hugh Laurie, Jeff Bridges, Matt Damon ou Henry Kissinger. Un sketch hilarant, plutôt bienveillant.

MARCHANDISATION CRÉATIVE

Le succès des Daft Punk – en couverture de l’édition spéciale du Wall Street Journal, consacrée aux innovateurs de l’année – tient aussi à une marchandisation créative, inspirée des principes de Warhol dont ils sont de grands admirateurs. Que ce soit avec leur manifeste house Homework (1997), leur pop futuriste de Discovery (2001) ou leur electro rock un peu rêche de Human After All (2005), les musiciens également cinéastes ne conçoivent leur oeuvre que dans un univers artistique élargi jusqu’au marketing. En renouant avec le luxe raffiné des productions des années 1970 et 1980, ils ont même décliné leur dernier album en images et campagnes publicitaires dignes de l’âge d’or de l’industrie musicale et des blockbusters hollywoodiens.

Casques d’androïdes rutilants et costumes chics taillés par Hedi Slimane pour Saint Laurent Paris, les Français déconstruisent le star-système tout en retrouvant la part de rêve mise à mal par la démocratisation numérique. Aux bras de mannequins comme Saskia de Brauw, avec qui ils rejouent ici un Jules et Jim du futur, mis en scène par le photographe de mode Peter Lindbergh, le duo le plus anonyme de la pop s’impose aussi comme le plus glamour et réaffirme l’artiste en objet de désir. Madonna ne déclarait-elle pas récemment qu’elle attendait qu’ils répondent à son appel ? Pour le moment, Daft Punk peaufine l’édition « coffret » de Random Access Memories et travaille sur ce qui devrait être une version entièrement remixée de cet album. En continuant d’imaginer les chapitres de notre futur.

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