Merci professeur

Quelle est la différence entre « an » et « année » ? Pourquoi « ville » et « fille » se prononcent-ils différemment ? C’est à travers plus de 700 émissions que Bernard Cerquiglini fait la lumière sur les particularités de la langue française… et elles sont vraiment nombreuses !

Extraits d’interview :

Comment est né « Merci Professeur ! » ?

Cette émission est née malgré moi ! Le directeur général de TV5, Jean-Jacques Aillagon, m’avait demandé des projets d’émissions, il trouvait que la langue française n’était pas assez présente sur TV5. Je lui ai proposé une dizaine de projets, magazines, entretiens que je lui ai envoyés. Au cours d’un déjeuner, il m’a dit : « Tes projets sont tous plus insipides les uns que les autres ! » Je lui ai répondu : « Je n’y suis pour rien, je ne suis pas un homme de télévision… » Il m’a rétorqué : « Il faut faire une émission quotidienne d’une minute et c’est toi qui vas la faire ! » Je suis tombé des nues parce que je n’avais jamais fait de télévision. Mais j’ai relevé le défi et me voilà !

Vous dites que : « tout francophone porte en lui un sentiment de la langue ». Que voulez-vous dire ?

Quand j’étais étudiant, j’étais un grand lecteur et même un traducteur du linguiste américain Noam Chomsky, dont l’élément pertinent est la notion de grammaticalité. Il dit que tout locuteur sait si une phrase de sa langue est grammaticale ou pas. On argumente en linguistique à partir de cela. Cette idée de Noam Chomsky est intéressante car elle s’applique bien au français. Tout francophone a plus qu’un sentiment de grammaticalité, il a des jugements de grammaticalité. Il dit par exemple « c’est français, ce n’est pas français, c’est moins français, c’est comme ça qu’il faut dire… » Cela signifie qu’il y a, à côté de la maîtrise de la langue, des représentations, un discours sur la langue. Le francophone est quelqu’un qui ne cesse de parler du français, tout en le parlant.

Les subtilités de langage que vous abordez dans vos chroniques sont-elles propres à la langue française ?

On dit parfois que c’est une langue compliquée en raison des exceptions. Non, parce qu’il y a des grammaires normatives et non descriptives dans la plupart des grandes langues. Il est difficile d’élaborer une règle qui ne souffre pas d’exceptions, on connaît cela dans tous les idiomes. Mais les francophones sont tellement épris de règles grammaticales, de rigueur, qu’ils sont sensibles aux exceptions. Et d’ailleurs, c’est l’exception qui vient justifier la règle, dit-on ! Non seulement elle la justifie, mais elle lui donne de la valeur. Un jour, Maurice Druon m’a dit que bien maîtriser la langue française, c’était savoir que les mots genoux, cailloux, choux, etc… s’écrivaient au pluriel avec un x. Du coup l’exception devient plus importante que la règle !

Comment faites-vous le choix des sujets que vous abordez dans votre chronique ?

Pour les 150 premières, j’ai pris les grands sujets de la grammaire française, de l’histoire du lexique. Ensuite, nous avons eu l’idée de mettre un bouton sur le site « poser des questions », pour voir… Et dès le lendemain nous avons reçu environ 100 questions ! J’ai tellement de demandes que je pourrais faire cette émission pendant trois siècles encore ! C’est dire l’intérêt pour la langue, car non seulement on m’interroge, mais on m’écrit pour me dire qu’on n’est pas d’accord avec ce que j’ai dit, on débat… Ces émissions ont donc impliqué de ma part toute une correspondance avec des téléspectateurs qui sont contents, mécontents, qui complètent, qui rapportent… Je pourrais passer une partie de ma journée à tenir une correspondance à la Voltaire avec l’ensemble des téléspectateurs ! Je les remercie, car grâce à eux j’ai de quoi remplir de nombreuses émissions !

 

Retrouvez l’interview complète : site de TV5

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