La France se met à l’heure pop

Alors que débutera le 23 avril le  Printemps de Bourges, le célèbre  festival de musique français où les artistes les plus connus côtoient des jeunes talents musicaux, le journal « Les échos »  fait le point sur la vivacité de la musique française, tendance « Pop ».

 

La chanson française fait sa révolution pop-rock et n’est plus à la remorque des musiques anglo-saxonnes. De Fauve à La Femme, de C2C à Concrete Knives, de Lou Doillon à Maissiat… Revue de détail, à la veille du Printemps de Bourges.

 

Il y a quelque chose dans l’air : la France est en train de virer pop ! Fini les vieilles lunes « tradis » de la chanson française, le texte avant toute chose et la musique souvent réduite à sa plus simple expression… La nouvelle scène « frenchy » n’a plus de complexe vis-à-vis de la musique anglo-saxonne : elle conjugue mélodies accrocheuses, orchestrations high-tech et textes soignés en français ; quand elle ne joue pas la carte de la concurrence frontale, en chantant en anglais (presque) sans accent.

Ce constat, c’est Didier Varrod qui le fait -un spécialiste, aujourd’hui directeur artistique et de la musique de France Inter. Tout amateur de musiques actuelles pouvait le pressentir en compulsant les magazines musicaux. Alors qu’il y a cinq ans, la présence de Français était exceptionnelle dans les chroniques de disques, aujourd’hui ils sont légion -on découvre souvent après plusieurs écoutes qu’un groupe, caché derrière un nom « british », est de Bordeaux ou du Mans…

Cette nouvelle vague va irriguer la 37 e édition du Printemps de Bourges qui s’ouvre la semaine prochaine. Un Woodstock (majoritairement) français où tous les styles de cette pop plurielle et juvénile (les artistes ont entre 20 et 25 ans) vont coexister. Jusque dans le tremplin des Découvertes, rebaptisé « Les Inouïs ». Y figure en effet un des groupes les plus prometteurs du moment : Fauve. Sur une musique rock acoustique le leader du collectif dit/chante des textes bouleversants et intimes sur les émois amoureux (« Nuits fauves ») ou l’enfer économique et social (« Sainte Anne »), l’amour-amitié (« Kané »). Il n’y a plus de frontières entre folk-rock-rap-slam. Fauve nous a sidéré comme il a sidéré Didier Varrod, « un groupe qui s’est autoproduit, a sorti à peine un EP, fait un tabac sur le Net et est courtisé par toutes les maisons de disques ».

Légèreté et mélancolie

Envie d’une certaine légèreté ? Ecoutez Aline et son album « Regarder le ciel », chauffé au soleil de Marseille, mix de Brit Pop et Etienne Daho ; Granville, originaire de Caen, plus mélancolique, avec « Les Voiles », entre réminiscences yéyé, énergie à la Niagara et rock indé ; Baden Baden, leur pop-folk ultrasensible et archimélodique, qui alterne dans « Coline », français (« Les Couleurs ») et anglais (« Good Art »).

On frise l’extraterrestre avec La Femme, formé par le couple Marlon et Sacha, qui vient de sortir son drôle de premier album « Psycho Tropical Berlin » : surf-rock, gothique et martien (tendance B 52’s), avec son petit orgue malin et ses paroles baroques faussement naïves… Plébiscité par la critique, Lescop distille quant à lui son électro hypnotique et sensuelle très années 1980.

Chez toutes ces jeunes pousses, on sent l’influence des pionniers pop qui se sont affranchis de la variété : Daho, Taxi Girl, puis plus récemment Benjamin Biolay (à l’affiche de cette édition). Mais ce qui frappe surtout Daniel Colling, le patron du Printemps de Bourges, c’est la diversité d’inspiration de ces nouveaux venus, fruit d’une culture musicale très éclatée ; et « ce côté artistes complets capables d’écrire, mais aussi d’orchestrer et de réaliser eux-mêmes (parfois dans leur chambre) leurs albums », aidés par les progrès de la technique. « Les groupes français sont de véritables autoentrepreneurs aujourd’hui », confirme Didier Varrod, qui met en avant le sens marketing des « précurseurs », Daft Punk et Phoenix -actuellement en train de créer le buzz autour de leurs très attendus nouveaux albums.

Les enfants de Daft Punk

Ces deux pionniers de la « french touch » sont les hérauts de la seconde tendance pop française : les groupes qui jouent résolument la carte « monde », en s’exprimant en anglais. Elevés à la techno-house-électro des années 1990, ils ratissent large, mixant pop, rock, soul et jazz dans un grand melting-pot sonore : ainsi de Kavinsky ou des Nantais de C2C (prononcez « Citouci ») qui ont triomphé aux Victoires de la musique après avoir remporté quatre fois le championnat du monde des DJ. Venu de la vidéo, Woodkid, et son disque lyrique et hyper-produit « The Golden Age », a raflé tous les suffrages. Plus résolument rock, avec ses guitares new wave et ses chansons-hymnes, Concrete Knives (*) né à Flers dans l’Orne nous entraîne dans un « flow » irrésistible et lancinant.

Côté féminin, nous n’avons plus à rougir de la comparaison avec PJ Harvey, Cat Power, Feist ou Adèle. Lou Doillon (à moitié anglaise par sa mère il est vrai) a donné le « la ». On se saurait trop vous conseiller d’écouter aussi le renversant premier album de Mesparrow (*) (ange à la voix grave, tombé du ciel. En anglais (« The Symphony ») ou en français (« Danse avec moi »), on est transporté, conquis par ses mélopées sophistiquées qui empruntent à la soul, au jazz et au classique. Swann (absente à Bourges) dans le genre folk, n’est pas mal non plus. Et que dire de Lilly Wood (and the Prick) dont le nouvel album pop-rock se vend comme des petits pains !

Nouvelle « nouvelle chanson »

Reste-t-il alors une place pour une nouvelle « nouvelle chanson française », dans la foulée des Delerm, Bénabar et consorts ? Didier Varrod estime que le genre s’est un peu éteint. Daniel Colling pense à l’inverse qu’il s’est renouvelé, mais en reconnaissant qu’il a pris des formes plus « pop ». Exit les grands textes engagés, on cultive davantage l’intime, le concret, l’ironie… A Bourges, les amateurs ont rendez-vous avec Alexis HK ou Bertrand Belin. On espère voir reconnu à plein les talents d’Alex Beaupin, compagnon de route du cinéaste Christophe Honoré, et d’Albin de la Simone qui vient de sortir « Un homme », un album délicat et maîtrisé.

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Au chapitre des découvertes, on ne ratera pas Babx (qui a déjà oeuvré pour Camélia Jordana, L et Julien Doré), créateur de chansons délicieusement fantasques et tordues. Côté féminin, la troublante Maissiat nous embarquera dans ses « Tropiques » aux mélodies suaves et au piano élégiaque. Pop ou chanson, c’est à vous de voir…

En insistant sur la profusion de cette nouvelle scène française, Daniel Colling pointe aussi la joyeuse cohabitation des styles -les frontières ne sont plus étanches… Et il est d’accord avec Didier Varrod pour reconnaître « une élévation globale de la qualité ». Reste à savoir ceux qui seront encore là dans cinq ans (tels M. ou Camille), ceux qui deviendront des stars mondiales, comme Daft Punk… « Tout va si vite aujourd’hui, un second album se vend moins bien que le premier, sauf exception… L’important c’est qu’il se passe vraiment quelque chose. » La musique avance. Grâce à sa nouvelle génération « pop », la France est en train de retrouver son rang de grande nation musicale

PHILIPPE CHEVILLEY  Les Echos Lifestyle  19/04/2013

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